Chère Bande de Oufs,avant de vous rejoindre demain sur vos terres, je tenais à vous faire la primeur d'une autre coïncidence, multiple et amusante, découverte à partir d'une exploration dans l'univers botanique, cette fois.
L'illustration ci-dessus représente la floraison de l'Abutilon, arbuste ligneux appelé aussi 'Érable de maison' ou 'Érable à fleurs' (détail important pour la suite).
Chez nous, cette plante fleurit en ce moment, c'est comme ça que je l'ai découverte il y a une semaine, en arrosant le beau jardin de Lu, ma copine et lectrice attitrée, qui nous vient du Brésil je vous le rappelle (cf. 'Dernier Avis avant Poursuite').
Ses fleurs (celles de l'Abutilon) n'étaient pas encore ouvertes comme sur cette image, mais c'était une véritable merveille pour les yeux : on aurait dit des grappes de petits fruits rouge et jaune vifs, gonflés et pointus comme des petits piments qui pendaient sous les branches de ce petit arbre (40 cm au garrot).
Depuis ce jour, je fais le tour des fleuristes de La Gavotte et de Septèmes, et je harcèle ces pauvres commerçants, qui au final n'arrivent qu'à me fourguer des fuchsias (très beaux d'ailleurs) pour mon jardin : j'en ai planté un cette semaine, mais Zut !, c'est pas la même chose...
De guerre lasse, je téléphone à Lu pour connaître le véritable nom de cette plante, tant elle paraît exotique et étrangère à mes infortunés spécialistes professionnels de la fleur (et de son pot).
Lu me répond :
- "C'est un Acacia, celle dont tu me parles."
- "Ah bon ? Et tu l'as trouvée où ?"
- "Juste en bas de ma rue, chez le fleuriste du coin..."
Lumina habite Septèmes (dans la rue de La Grande Ourse, qui porte vraiment très bien son nom, mais c'est une autre histoire...). Je vois très bien où se niche son fleuriste, que j'ai fréquenté quand j'habitais dans le 15ème sur la colline du Mont d'Or, avec Jim et Lu d'ailleurs.
Lu me dit qu'il ferme tard, et qu'en venant à sa fête d'anniversaire - prévue le soir même - je pourrai m'y arrêter en passant, si je ne me mets pas en chemin trop tard...
Je remercie Lu du tuyau et je raccroche, pour appeler ensuite "La Vie en Rose" de Septèmes (pas d'accent sur 'Rose', je vous surveille les p'tits gars !) :
pas de chance, c'est le répondeur qui assure les heures supp', raté...
Je me pointe donc à la soirée d'anniversaire de Lumina, et je rencontre, parmi une belle brochette d'invités inconnus de ma personne, un paysagiste fort avenant et sympathique, du nom de Philomène.
Après quelques verres de Mojito bien frappés - concoctés pour l'occasion par ma chère et tendre Margaux - je me décide à l'entreprendre de ma quête des "fleurs-piments", et je l'invite à me confirmer qu'il s'agit bien d'une espèce d'Acacia : c'est ce que nous faisons tous les deux pieds nus, pour approcher de la plante en question, sans écraser les autres plantations...
C'est alors que le verdict tombe :
- "Mais ce n'est pas du tout un Acacia, ça ! C'est un Abutilon, bien sûr !.."
- "Oui, je me disais bien aussi que ça pouvait pas en être un, rapport aux feuilles..."
Et fin de la recherche.
Satisfaits, nous regagnons tous deux l'autre terrasse, où les agapes commencent à prendre une bonne allure de croisière : ça discute, ça biberonne et ça grignote de partout !
Nous trouvons deux chaises libres, et pour remercier mon botaniste bienfaiteur, je lui pose - sans le savoir - une colle dont je suis bien certain qu'il finira par trouver la réponse indiscutable.
Il se trouve que l'après-midi même, j'étais retourné voir un arbre bien singulier que j'ai découvert récemment, et qui pousse en bas de ma rue, au bord d'un canal couvert qui passe sous La Gavotte.
On dirait une variété d'Acacia, mais avec des fruits très bizarres, qui ressemblent à des gousses de petits pois qu'on aurait gonflé comme des ballons de baudruche : ils paraissent prêts à éclater, tant la peau verte de la gousse est fine et translucide !..
Après lui avoir longuement décrit cet arbuste, et surtout ses étranges fruits, je vois que Philomène hésite entre plusieurs possibilités.
Je me souviens alors que j'ai pris des photos de tout ça, et je lui montre illico sur l'écran de mon PC de poche (10", quand même), les fruits tenus dans ma main et le reste de l'Objet Végétal Non Identifié...
Depuis lors, cet homme risque de perdre le sommeil tant qu'il n'aura pas mis un nom précis sur ce phénomène végétal : pour l'instant, c'est un "faux-Acacia", mais lequel : Robinier Hispida, Viscosa, Etcaetera... ?
Je l'ai senti, quand après avoir joué et tenté sa chance en vain avec Google, il m'a demandé, l'air faussement dégagé :
- Et tu l'as vu où, cet arbre ?
- Pas loin...
- Ah ouais ?
- Ouais.
- C'est à dire ?..
- A La Gavotte.
- Non ? A La Gavotte, c'est vrai ? Il est pas au bord du canal couvert ?
- Non ? Tu connais cet endroit, toi ? Comment ça se fait ?..
- Ben, je suis né à La Gavotte, moi, mais je l'ai jamais vu ton arbre !..
Un peu tassé sur sa chaise, Philomène se confit alors à moi, en m'expliquant que depuis 30 ans qu'il étudie la Botanique, il connaît à peu près 3 000 espèces de plantes : noms, classification, etc...
Devant cette injustice du destin, nous montons boire sur le toit-terrasse qui domine Septèmes et son théâtre de verdure, et nous convenons que connaître 3 000 plantes sur des millions d'espèces végétales en ce monde, c'est un peu comme être un lycéen chinois qui a réussi son bac, grâce aux 3 000 idéogrammes qu'il lui fallait d'abord maîtriser pour réussir cette épreuve :
c'est beaucoup mais c'est très peu, vue la richesse de cette langue, de sa graphie et de sa phonétique.
Il ne m'en a pas voulu bien longtemps, et plus tard dans la nuit il nous a régalé de quelques impros persos de piano, en accompagnant au clavier le CD de Jazz que Jim (le mari de Lu) nous passait sur sa chaine.
Bon voilà, après je vous passe le reste de la soirée, mortelle, avec une cartouche du Sans Soufre 2007 de H.MILAN (n°8 du compte à rebours) en fin de repas, après 2 Magnums de très bons rouges, dont la fameuse Cuvée Vincent (2004 ?) de Pierre Cartier.
C'est donc la tête dans les étoiles que nous avons fini la soirée (à 5h du mat' pour moi et le dernier couple de joyeux têtards)...
J'en étais là de mes réflexions printanières ce midi, sur le chemin du Restaurant du CLAM, où Michael et Gentiane nous ont très bien reçu, comme à leur habitude, avec en prime la découverte du Rouge 2001 du Domaine des Béates à Lambesc : la TERRA d'OR.
C'est pas un cousin à toi, le vigneron qui fait ça ? On a bu son 14,5° comme ton "Sans Soufre" : chambré au seau, et dégusté sur du poisson, pas mal du tout.
Il a un peu des accointances avec le 'Papillon' du Domaine Milan ce vin-là, je trouve, non ?..
Je suis d'ailleurs en train d'en siffler un ballon, et je confirme.
Mais retournons plutôt à nos histoires de plantes, et au rapport entre la vie végétale et le Dieu du Vin qui nous occupe tant : Dionysos.
Ce soir, je reprends mes lectures botaniques du moment, et je vais consulter ce qu'Internet peut m'apprendre de plus sur l'Abutilon.
Voici ce que je trouve, dès la première page Web affichée : parmi toutes les variétés d'Abutilon, qu'on reconnaît à la couleur de leurs fleurs, celle que j'ai vu chez Lumina s'appelle "Abutilon megapotamicum".
Pour ceux qui comme moi ont fait du Grec au lycée, "méga-potamicum" signifie "le grand fleuve" (méga=grand, potamos=le fleuve).
Le meilleur est à venir : ce nom de baptême botanique, cet arbuste le doit à la référence au Rio Grande du Brésil !..
Cette plante vient du Brésil, des berges de ce fleuve, et Lu ne le sais pas : surprise en perspective !..
Enfin et pour conclure sur l'Abutilon, revenons aux deux noms communs cités en préambule : érable des maisons et érable à fleurs.
Il se trouve que dans une semaine, je pars découvrir l'île de Crète - à cause de circonstances qu'un autre article relatera à l'occasion - qui se trouve être le berceau et la patrie d'un tas de choses intéressantes, dont :
Dionysos, la culture de l'Olivier et de son Huile, et de la Vigne et du Vin, etc.
Je commence donc à me documenter sur mon proche séjour, n'ayant pas vraiment de connaissances sur cet endroit isolé du monde.
En guise d'entrée en matière, j'ai droit à une histoire mythologique bien sûr, qui raconte comment le dieu-taureau Minos est né sur cette île.
C'est l'histoire de la rencontre entre Zeus (déguisé en taureau blanc) et sa énième conquête, la princesse phénicienne Europa, et qui après avoir fait ce que les amants font en cachette, se sont endormis sous un Érable de Crète (Platanus orientalis).
Leur sommeil paisible - et divin - a engendré leur fils Minos, la Vigne et l'Olivier, tous sortis de terre pendant la sieste réparatrice (et crapuleuse) de nos deux tourtereaux...
Belle histoire, et belle chute pour mon futur "Érable à Fleurs", non ?..
Christophe De L'Estaque Gavottaise.
P.S. : Vous avez bien le bonjour de Michael et de Gentiane, qui font découvrir ce soir votre vin du coté de Saint-Jean du Gard.
P.P.S. : Le suspense n'a finalement tenu que 3 jours, bravo Philomène !!!
Pour le "faux-Acacia", il s'agirait donc en fait d'un "Baguenaudier arborescent" ou Colutea arborescens.
J'espère qu'il va mieux dormir maintenant, au moins. Je dis ça parce que j'adore ce nom 'commun' pas commun du tout (quel est le sens de 'baguenauder', au fait ?), mais aussi car un doute subsiste : sur les photos que Google me ramène, les gousses sont bien gonflées comme des vessies soit, mais elles sont brunâtres ou rosâtres, et pas d'un vert 'petits pois' comme "les miennes". Serait-ce une sorte de mutant à classifier ?..
© Christophe ANTÉ 2009
3 commentaires:
Merci de modérer vous-même vos commentaires (pas que ça à faire, non plus... ;-) :