mercredi

Le Jaja de Jéjé


Nouveau retour sur les chemins de la Vigne et des effets de ses fruits ce soir, avec une rencontre riche de promesses, et sur mes terres cette fois...

Cet après-midi, à cause d'un quiproquo avec une future ex-maîtresse de l'école primaire de ma fille Malika (ouais, mais non, ce serait trop long à expliquer), je me suis retrouvé par hasard en présence d'un exemplaire original d'humanité.

Dans cette impasse de l'école, qui comme quasiment toutes les impasses de Marseille se nomme "Traverse", alors que j'étais à l'heure au rendez-vous avec Mélusine l'enseignante étourdie, et que personne ne répondait à mes coups de sonnette répétés, je fus abordé par un quidam promenant ses trois chiens dans cette 'Traverse d'Arles Etienne'.

Après quelques échanges, j'apprends que cet individu se trouve être l'unique habitant de cette impasse, tout au fond, dans un vieux mas entièrement caché par une luxuriante végétation.

Il se présente, et ô stupeur, je me retrouve en présence de Monsieur J.REMY, tiens quelle surprise ?!

Je me présente à mon tour, et voilà-t'y pas que M. Rémy se met à blaguer avec moi, avec cet art du pince-sans-rire tout provençal : à mes explications sur ma ponctualité mal récompensée, il me sort une histoire datant de l'Amiral NELSON ("Je dois ma gloire et ma carrière, au fait d'être toujours arrivé avec un quart d'heure d'avance à mes batailles.").

A cela, je réponds par une de mes citations favorites, d'un autre guerrier d'Albion (W. Churchill) : "Chauffeur, je suis extrêmement pressé, alors prenez tout votre temps...".

Le courant se met en place, la suite est presque logique...

Sous un prétexte de circonstance (Venez, je vais vous donner le n° de portable de Mélusine !), il m'entraîne vers le bout de cette traverse, en continuant à bavarder sur ce chemin de terre bordé de beaux exemplaires de Figuiers, d'un puits (comblé par les G.I. en 45) et d'un Grenadier isolé (l'autre arbre dionysien, pas le soldat, of course).

Tout à trac, il me demande :

- Vous connaissez cette histoire de poussin qui vient de naître ?

- Je sais pas, ça dépend...

- Il sort de l'œuf au bord d'un étang, et se met à piailler quand il ne voit âme qui vive autour de lui. Arrive alors un 'tronc d'arbre' flottant sur la mare, qui lui dit : "Pourquoi piailles-tu si fort, jeune volatile ?" Vous la connaissez ? Ça m'étonnerait, elle est toute fraiche...

- Peut-être bien, mais avec un renard à la place...

- Alors non, c'est pas celle-là ! Je continue.
Le poussin répond au tronc :
Je viens de sortir d'une coquille, et je suis tout seul au monde, sans savoir qui je suis !..
Le tronc lui répond :
Mais si, regarde-toi, tu as le bec orangé, le plumage jaune qui deviendra vert en grandissant, tu es donc un caneton ! Et moi, sais-tu QUI je suis ?!..
Le caneton répond :
Non, mais je vais essayer de deviner, attendez un peu...
Et le voilà en train de plonger tant bien que mal sous la surface de l'eau, pour observer la face immergée du tronc noir.
Il reprend palme sur la berge, retrouve son souffle et déclare :
Vous avez des petites pattes toutes courtes, votre colonne vertébrale s'agite sans cesse, et vous avez une grande gueule...
...Vous êtes S*** !..

OK les gars ? Il déménage bien le Papé, non ? 70 ans aux prochaines fraises, mais il assure pas mal je trouve...

Je vous fais la suite courte, sinon je vais encore avoir des plaintes sur mes longueurs monotones comme les violons de l'automne...

Après une démonstration de virtuosité canine, quand Vénus, sa chienne préférée ("C'est la plus belle et la plus intelligente des trois !"), a tranquillement ouvert l'imposant portail du Mas, toute seule comme une grande, j'ai eu droit à une visite du puits de son jardin, ce qui m'a permis de comprendre pourquoi l'arche du mien, que j'ai remis en service récemment avec l'aide de mon voisin Jay le Forgeron, est aussi en solide et épais acier forgé (peut-être même trempé) :
toutes les deux proviennent de cercles de roues de chariot, ou plutôt de 'tombereau' d'après Jérémie le maître des lieux.

De la récup' avant l'heure, rien de nouveau sous le soleil donc.

Une demie-heure s'écoule ainsi, à discuter de-ci, de-là, sur ceci et cela...On s'est raconté nos vies sans s'en rendre compte, et c'est l'alarme anti-vol de l'école voisine qui nous a ramené aux réalités de ce monde : des intrus venaient d'y pénétrer... peut-être Mélusine l'étourdie ?

Je prends donc congé de mon hôte à regret, quand il me demande de l'attendre à l'entrée de son chemin de traverse...
Il revient avec une bouteille de blanc et une enveloppe de la Croix Rouge, format A4, de laquelle il sort quelques feuilles agrafées.

Il m'explique sans ambages le service qu'il me demande de lui rendre, mais gentiment, si je veux bien quoi, comme s'il demandait sa mule à Jules (cf. "Les bonnes blagues de Lolo" sur DVD) : il s'agirait pour moi de retrouver la trace de sa femme, 'volée de son plein gré' par un gitan de passage.

Aux dernières nouvelles, le beau ténébreux serait établi avec sa Sabine volontaire du coté de la Tour-d'Aigues, mais c'est à vérifier. Il sait bien qu'aujourd'hui la technologie donne accès à des tas d'annuaires avec toutes sortes de cartes, et puis il y a ces trucs, là, les blogues et les faces de bouc, tout ça...

Je dois préciser qu'à aucun moment je n'avais encore évoqué mes compétences, ni professionnelles ni personnelles, dans ce domaine. Il a eu le nez creux quand même Jérémie, surtout quand il m'a versé une avance sur honoraires en liquide, avec son Blanc de Blancs espagnol :

- Devinez combien je l'ai payée la bouteille ?

- Faites-voir de près le flacon ?.. Entre 2 et 3 euros, à vue de nez...

- Et ben tout faux, je les ai eu pour 1 € les 2 !

- Bien joué, en plus ce n'est pas un mauvais vin pour autant, je vous en dirai des nouvelles...

Sur ce, nous convenons de nous donner rendez-vous tous les vendredis à la sortie de l'école, pour y faire mon rapport sur les progrès de mon enquête (j'ai 1 mois pour faire mes preuves), puis nous nous quittons non sans une dernière pour la route, qui concerne Paméla Anderson en séjour à Megève et ses mésaventures canines, mais je vous la raconterai plus tard, si vous êtes sages...

Je conclurai cette journée par un dernier clin d'œil, quand pour accompagner la darne d'espadon frais que je me gardais au congélo depuis trop longtemps, je me dis que c'est l'occasion de tester ce Blanc d'Espagne, que j'avais heureusement mis au frais en rentrant.

Une poêlée d'huile d'Olive et un Riz blanc plus tard, j'ouvre mes premiers gages de 'Privé' et je m'en sers un (premier) verre : je scrute l'étiquette, pour y lire "Sitio Santo" comme seule et unique appellation.
Ça ne vous rappelle rien ?..

Si je vous la traduis en "Lieu Saint", soit lieu sacré, ou encore "mi-lieu" en gallo-romain ?..
Et Mediolanum, ça ne vous rappelle rien non plus ?!.. (retour au 25 Mai pour les retardataires)

Vous ne serez donc pas surpris si je vous promets qu'il était délicieux avec mon espadon 'rose à l'arrête', surtout à 50 centimes les 3/4 de litre...


Christophe De Notre-Dame-Limite.

P.S. : Je compte bien me faire expliquer par Jérémie le curieux nom de cette Traverse cul-de-sac...

P.P.S. : Ce jaja est un véritable "Vin de Table d'Espagne", donc aucune idée de quel coin il peut bien prendre ses petits 11°...







© Christophe ANTÉ 2009

2 commentaires:

  1. De bien belles histoires, je sais pas pour le blanc mais le blog de juin est un bon cru...
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  2. Merci Gandalf,
    espérons que Juillet sera pas trop pourri, pour la météo je parle...
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Merci de modérer vous-même vos commentaires (pas que ça à faire, non plus... ;-) :