mardi

Les Arcanes du Vent Divin

Cher Henri,

je me rends compte que nous avons quitté les rives du symbolisme depuis quelque temps, aussi voici une occasion de retourner s'y baigner, histoire de passer le temps, toi qui es si peu occupé ces temps-ci (au point d'oublier de retourner mon dernier coup de fil)...

Dans cette quête bachique qui fut la mienne sur cette terra finistera de l'Europe orientale, j'ai eu à plusieurs reprises l'impression de retrouver ces jeux de pistes à base de signes et de symboles, et que tu as pu lire dans mes courriers précédents.

Celui que m'en vais te narrer ce soir, démarre par un arrêt-buffet dans un village du centre de la Crète, à l'heure crétoise du déjeuner, c'est à dire environ 14h heure locale (13h en France).

Le matin, j'avais cherché en vain sur les hauteurs de Fourni, un cimetière néolithique (pourtant immense en superficie) de premier ordre, par l'importance des fouilles et par les découvertes archéologiques majeures qu'il a permis, sur ce qui était la vie à la toute dernière époque de la civilisation crétoise, alors à son apogée jusqu'à l'éruption cataclysmique du volcan de Santorin (l'île baptisée aussi Kallisti par les marins crétois, tu peux vérifier).

Au passage, cette éruption située en 1490 avant notre ère chrétienne, qui par son ampleur et sa puissance fut la plus grande jamais connue en 10 000 ans d'histoire de l'Homme, est relatée dans les textes égyptiens, hébreux et chinois qui sont arrivés jusqu'à nous.

C'est dire l'impact global qu'elle a eu sur la planète de l'époque, par le tsunami géant (en trois vagues successives, d'après les scientifiques) et le long 'hiver nucléaire' qui a suivi, causé par l'obscurcissement de l'atmosphère par les poussières rejetées à haute altitude...

Et Platon, 1200 ans plus tard, s'en est inspiré pour nous conter le mythe de l'Atlantide. Si tu cherchais les traces de cette civilisation légendaire et idéalisée (évoluée, pacifique et sophistiquée), ne cherche plus... (Fermez la parenthèse).

Après une heure de marche en plein cagnard sur la colline, et plusieurs arrêts à l'ombre pour m'éventer et boire un coup (de l'eau, je le jure : j'ai encore le thermos qui a servi), je renonce et rebrousse chemin sous les Pins.

J'entends alors arriver vers moi les sons de discours et d'applaudissements réguliers, juste dans la direction où me conduit mon chemin : étrange, en pleine cambrousse, au milieu de nulle part...

Je comprends rapidement l'explication de ces hallucinations auditives, quand je tombe sur un amphithéâtre creusé à flanc de colline, rempli par une foule endimanchée, qui se tient par la main les uns aux autres et les bras croisés, formant une chaîne humaine du cœur de la scène jusqu'en haut des gradins.
Un jeune couple habillé tout en blanc occupe le centre, on dirait vraiment un mariage, sauf qu'il n'y a aucun Pope en vue...

Le temps de sortir mon appareil et de l'allumer pour immortaliser cet instant gracieux, et c'est le signal de dispersion, chacun regagne sa voiture ou papote en petit groupe, loupé pour le cliché !..

Arrivé sur le parking de terre battue, je remarque le panneau "Theatron" qui m'avait échappé à l'aller : c'est un endroit connu aussi pour ce théâtre en plein air, et on y vient aussi pour célébrer des moments importants et symboliques de la vie.

Sur ce, je reprend ma route et me dirige vers mon prochain arrêt, la ville d'Archanes, son Musée Archéologique et ses Vins réputés, le tout situé à moins d'une lieue de mon présent lieu, au pied de la montagne censée abriter le tombeau de Zeus.

Lors de ma visite (gratuite avec photos autorisées, même au flash) à ce Musée havre de fraicheur et de tranquillité, qui regroupe l'essentiel des fouilles mises à jour dans les tombeaux de Fourni, je fais cette découverte étrange et dérangeante, d'un épisode jusqu'alors inconnu de la vie sociale crétoise "pré-éruption".

Grâce aux fouilles récentes menées du coté de Fourni, un temple enterré a été découvert dans la "Grotte des Vents", ou Anémospilia en grec (Anémos=le souffle).
Ce toponyme particulier, cette caverne le doit (entre autres, comme nous le verrons) à sa situation sur les flancs de la falaise exposée plein Nord, face au vent dominant, qui se nomme 'Tramontina' en Crète, l'équivalent de notre Mistral donc.

Au fait, c'est marrant, c'est le nom inscrit sur les lames des couteaux de mon resto 'Manoussos' (cf. 'Kri-kri et Kallisti' du 21 Juin) : "Tramontina, Brasil"...
Il faudra que j'en parle à Lu, à l'occasion, pour voir si elle connaît ce fabricant ou cette marque.

Ce temple s'est révélé être destiné sans aucun doute possible aux sacrifices humains destinés à apaiser une étrange divinité, tout comme dans nombre d'autres civilisations d'ailleurs : Mayas, Maoris, etc...

Nous pouvons maintenant en être certains, car tous les protagonistes du dernier des sacrifices sont morts au moment même de l'explosion du volcan voisin...

L'un, 18 ans, allongé et ligoté sur l'autel, poignardé par la dague en bronze massif du prêtre, gravée sur la lame d'une tête de Sanglier sacré (symbole démoniaque dans bien des croyances, et relié à la vacuité et au souffle dans le Vajrayana indien), ainsi que le prêtre et ses assistants (un homme et une femme) ensevelis et écrasés par le temple sous-terrain qui s'est effondré sur eux à jamais...

Tous les éléments recueillis sur place ont permis au National Geographic une reconstitution parfaite de la scène du crime, en faisant intervenir les meilleurs experts mondiaux, de la Médecine légale (style "Les Experts" justement) à l'Archéologie en passant par l'Anthropologie.

Comme à Pompéi 1000 ans plus tard, l'éruption explosive finale a figé cet instant en quelques secondes, y compris l'assistant qui tentait de fuir en emportant un des 150 vases ('cratères' pour les historiens) occupant l'autel du dieu sous-terrain.

Ce vase, apparemment important (sans doute avait-il recueilli le sang de la victime, comme un Graal païen), s'est brisé sous lui quand le linteau d'une des trois portes du temple s'est abattu sur l'assistant.
Ce cratère a pu être reconstitué, il est décoré de taureaux, logique dans la patrie de Minos et du Minotaure, son beau-fils.

Ce Minotaure d'ailleurs, nous confirme que cette civilisation emportée par la colère de Gaïa, devait pratiquer couramment les sacrifices humains, et pas seulement pour conjurer les catastrophes, comme on pense que le prêtre d'Anémospilia tentait de le faire en vain, à cause du réveil bruyant du Cyclope de l'île voisine.

En effet, la légende nous dit que le pacte passé par Minos avec son beau-fils, consistait d'une part à l'enfermer dans le célèbre labyrinthe de l'architecte Dédale, et d'autre part à lui sacrifier chaque année 7 jeunes hommes et 7 jeunes femmes choisis parmi la jeunesse crétoise, pour le nourrir jusqu'à la saison prochaine...

C'est Thésée, nouveau co-Roi d'Athènes à l'époque, qui a demandé à faire partie des candidats mâles au jeu de Koh-Lanta version tartare (qu'exigeait Minos du fait de sa victoire sur sa rivale Athènes), pour aller défier le fils de la Reine Pasiphaé dans son antre dédalique, enterrée elle aussi, comme la 'Grotte du Souffle' d'Archanes je te signale...

Il triomphera du Monstre grâce à l'amour d'Ariane, demi-sœur du Minotaure (et épouse de Dionysos), qui fournira le fil qui ramènera Thésée à la lumière du soleil.

De là à dire que ces Crétois-là n'ont eu que ce qu'ils méritaient, je ne saurais dire...

La réponse est peut-être dans les symboles contenus dans le nom de cette ville d'Archanes, qui m'ont entrainé dans une recherche étymologique assez riche je dois le reconnaître :

1 - Racines grecques :
- arkhaios signifie "ancien";
- arkhaikos signifie "qui est ancien" (ex.: Archaïque);
- arkhi signifie "la prééminence", "le degré extrême" ou "l'excès" (ex.: Archiprêtre, Archicomble);
- arkhos signifie "qui prend la tête" (ex. : Archange, et pas 'Archicrieur' stp);
- arkhein signifie "commander" (ex.: Oligarchie, Anarchie)
- arkhê signifie "principe" (ex.: Archée, nom par lequel les alchimistes désignaient le "feu central de la terre" et "le principe de vie")...

Ça commence bien dis-donc, voyons-voir la suite...

2 - Racines latines :
- arca signifie "coffre" (ex. : l'Arche de Noé, puis de Moïse);
- arcus signifie "arc" ou "arche" (ex. : l'Arc-en-ciel, en forme d'arche);
- arcanum signifie "secret"...

Attends, pars pas ! Je te garde le meilleur pour la fin :

3 - Racines marseillaises :
- l'arcane sans nom, communément appelée "la Mort", est la treizième carte du Tarot de Marseille (cf. illustration) :

"Le chiffre 13 associé à un visuel mortuaire suffit à lui seul pour qu'on attribue à cet arcane le nom de "la Mort". Cette impression peut être renforcée par le fait que la treizième lettre de l'alphabet soit le M. Pourtant, cette carte est la seule parmi les 22 arcanes majeurs à ne pas porter de nom. En effet, en symbolique, nommer c'est donner vie.

En numérologie, XIII a la même valeur que IV. Cet arcane est donc lié à l'Empereur (symbole de la matière) et signifie que les biens matériels ne sont pas éternels. (De plus, on note que le chiffre 4 porte malheur au japon car il se dit 'shi', qui signifie également 'mort'.)

La "Mort" n'épargne personne : même les têtes couronnées qui reposent sur un sol noir ne peuvent en réchapper. La couleur rouge de la partie coupante de la faux témoigne d'une activité intense.

Le principe même de la faux est de mettre à terre les herbes qui ont trop poussé afin de laisser place aux plantes plus petites. C'est un régulateur de l'évolution qui impose un retour à la terre, origine des plantes. Toutefois, ce retour n'est pas une fin. En effet, la colonne vertébrale du faucheur ressemble à un épi de blé. C'est le symbole de la réincarnation : d'un épi fauché peuvent naître plusieurs autres épis. Ainsi, le message transmis par cet arcane est celui d'une fin qui ira vers un renouveau."

Quand on se rappelle que le symbole universel de la réincarnation est bien le papillon, ça mérite au moins une dégustation de la nouvelle cuvée 2008 de ton "Sans Soufre" fraichement mise en bouteilles, non ?..


Christophe le Philologue des Quartiers Nords.

P.S. : le rouge AOC d'Archanes est à manier avec précaution : à peine une carafe entamée sur la place du village, et j'ai du faire la sieste au bord de la route, seulement 3 km après être reparti en voiture. Heureusement, les Pins font parasols, là-bas comme chez nous...






© Christophe ANTÉ 2009

1 commentaires:

  1. mon cher Christophe
    comme d'habitude une parfaite analyse qui me donne a penser qu'il n'y a pas de hasard dans l'univers

    henri milan
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Merci de modérer vous-même vos commentaires (pas que ça à faire, non plus... ;-) :