lundi

Vices des Vertus (et vice-versa)







J
e ne sais pas
pourquoi, mais en relisant le recommandé reçu l'autre jour pendant mes congés d'été forcés, juste avant donc de le composter à mon tour (pour le jardin), j'ai eu une sorte d'impression curieuse, fugitive mais persistante donc paradoxale, ce qui forcément ne pouvait que me mettre la puce à l'oreille, mais quoi de plus normal de la part d'un Pou me direz-vous, si royal soit-il...

Cette impression confuse et claire à la fois, a fini rapidement par prendre la forme du souvenir d'une célèbre maxime du Poëte-Ministre de Droite André MALRAUX, qui aurait prophétisé, peu avant la fin du dernier siècle écoulé:

"Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas."

Bien, déjà on voit où se situent mes réflexions du moment, ceux qui ont peur de s'endormir peuvent quitter la passerelle par la porte du fond, ne la claquez pas, merci.

Sans m'épancher d'avantage sur les raisons de cette association d'idée, car vous suivez - de gré ou de force - l'actualité politique gauloise d'une façon ou d'une autre, je fais juste un court aparté pour rappeler ma définition de la Politique, valable à toute époque et en tout point de la carte géographique, et résumé par ces deux grands principes, un peu longs, compliqués et hermétiques je l'admets :

1 - Combien on leur prend ?
2 - Pour en faire quoi ?


Le mot "politique" d'ailleurs, contient dans son étymologie-même cette définition hardie, puisque il est issu - par sa mère - du grec politis, lui-même descendant direct de polis, "la Cité".

Comme à cette époque fondatrice, les États n'étaient encore que des Cités-États (c'est encore le cas aux États-Unis d'ailleurs, étonnant pour un 'Nouveau Monde' comme le leur [sans Mickey Minc ? - ndr]...), la politique se résumait forcément à tenir les listes électorales et fiscales à jour, et à voter le budget municipal tous les ans, mais bon j'arrête.


Revenons je vous prie 4200 ans plus tard, quand Dédé-la-Tremblote nous fit cette forte prédiction. Que voulait-il insinuer par là, ce gaillard d'avant ?..

Allions-nous, dans son esprit enfumé par tant de Gitanes à volutes, de Gauloises à plumes et d'Anglaises soyeuses, être ainsi forcés à devenir Forçats ou Fiancées forcées, Prêtres ou (In)Fidèles*, Moines ou Nones, sinon Croisés ou Châtelaines ?

Ça faisait un peu "Retour vers le Futur" son histoire, du coup j'ai engagé les services de mon limier et oracle habituel pour qu'il suive les pistes menant jusqu'à la source de cette épitaphe qui nous est restée de ce penseur, comme le font tous les écrits que le temps n'efface pas de son rabot infatigable et que le feu ne réduit pas en poussières noires, et que les électrons ne fuient pas etc...



Comme on dit dans les Anneaux de Réflexions (cerclés d'or), tout comme dans les Anus (élargis) de Génuflexion, (dans les deux cas, caïn-kaa, les petits ânes et les petits boucs tournent en rond dans leurs fèces, comme leurs prières), il commence à se faire tard (qui a dit "-Telette !" ?), et je vois l'heure de mes piqures se rapprocher douloureusement, aussi vais-je tenter d'aller au plus court et de serrer mes bords sans trop louvoyer ni vous vouvoyer, si vous voyez ?

Après avoir bien creusé pour retrouver l'origine de la citation supra, voici que mon Rintintin numérique me rapporte tout un tas de trucs, du trivial au troublant : en gros, ce gros tas d'os n'a pas l'air si clair et limpide que cette sentence malrausienne semblait l'être, pas plus que son auteur à tribord de l'hémicycle ne l'aurait prononcée au premier abord...

Passons sur le démêlage de ce nœud pas si gordien que ça, et humons voir la synthèse de la génèse de cette spiritueuse et forte pensée avant d'y goûter, histoire de vérifier qu'elle ne soit frelatée comme certains vieux ratafias à faire saliver un Tabor entier : gare aux Goumiers pleins à ras-bord de cette belle robe ambrée, les rêveries de Rhumerie sont au deuxième rabord plus bénéfiques pour monter au front, que pour s'en prendre une belle en plein front (migraine à bâbord ? Pas de bobards, Mille sabords !).

- en 1973, un curé de Strasbourg rapporte à un journaliste de La Croix ces propos tenus par André : "Le XXIe siècle sera métaphysique ou ne sera pas."

- en 1975, la Presse de l'époque lui fait dire : "Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas."

- en 1981, l'écrivain André Frossard assure avoir entendu de la bouche-même de son homonyme de baptême : "Le XXIe siècle sera mystique."
(certains médisants disent qu'il l'aurait plutôt lu sur ses lèvres, mais bon, ça l'a pas empêché d'aller rapporter au Jean-Paul emmitré de l'époque)

Si vous êtes tous d'accord, on peut arrêter là cet inventaire à la Prévert, vu que ça nous fait déjà trois versions pour une même citation, et comme le disait Audiard par la voix de Lino : "Un barbu c'est un barbu, trois barbus...".

Je laisse la place à l'auteur humaniste de La Condition Humaine, pour nous dire ce qu'il en pense lui, de cette prophétie à tiroirs :

"Vous savez. On m'a fait dire : 'Le XXIe siècle sera religieux'. Je n'ai jamais dit cela, bien entendu, car je n'en sais rien. Ce que je dis est plus incertain.
Je n'exclus pas la possibilité d'un évènement spirituel à l'échelle planétaire."

Quitte à plomber encore un peu plus l'ambiance, je rajouterai une autre confession à double sens, faite elle au Père Jacques Chancel de Radioscopie : "N'est pas athée qui veut !", tout comme la suivante, de sa main celle-là : "Je n'ai pas peur de Dieu.", sauf qu'il la fait dire à De Gaule, et quand on sait combien sont fourbes et joueurs ces imposteurs que sont les romanciers de métier (ceci dit sans jalousie, bien sûr)...

A son ami et traducteur japonais Tadao Takemoto, il confia plus sincèrement le fond de son âme :

"Quant au siècle prochain, ce que j’avais dit, c’est qu’il était extrêmement possible que, dans ce domaine que l’on appelle psi, se mêlaient encore pour l’instant des choses sérieuses et d’autres pas. […]
Si le prochain siècle devait connaître une révolution spirituelle, ce que je considère comme parfaitement possible (probable ou pas n’a pas d’intérêt, ce sont des prédictions de sorcières, mais possible), je crois que cette spiritualité relèverait du domaine de ce que nous pressentons aujourd’hui sans le connaître, comme le XVIII° siècle a pressenti l’électricité grâce au paratonnerre.
Alors qu’est-ce que pourrait donner un nouveau fait spirituel (disons si vous voulez : religieux, mais j’aime mieux le mot spirituel), vraiment considérable ?
Il se passerait évidemment ce qui s’est passé avec la science."

Sachant que notre grand Homme, désormais locataire permanent du Panthéon (Paris, Ve), a été inhumé sans autre forme de cérémonie religieuse qu'une haute statue de Chat colorée surveillant un rituel étrange dans la cour carrée du Louvre, le mystère demeure entier (c'est à dire non-castré) sur sa sibylline pseudo-citation...

Pour l'écrivain des Antimémoires, on peut trouver ce résultat plutôt réussi, si on aime comme votre serviteur cultiver l'art du paradoxe, tant celui-ci aura tenu bon aussi longtemps que sa postérité posthume, et même si je vois une clé possible dans les propos de son principal héros, Tchen : "Que faire d'une âme, s'il n'y a ni Dieu ni Christ ?".

Cette question restant posée, qu'il me soit permis alors de reprendre (bien modestement) à mon compte la citation dans sa version du préambule, pour l'actualiser en quelque sorte, tout en la respectant, mais avec une orientation vers le sens du partage :

"Le XXIe siècle sera fraternel ou ne sera pas."

C'est sous nos yeux une telle évidence, tant nos sociétés humaines et civilisées sont menacées par la barbarie bruyante de quelques autres Sociétés, moins humaines mais à responsabilités illimitées sur nos limitées ressources, humaines, vivantes et minérales.

Résumé à l'antique, j'explicite et cite ici :

- Delenda Gallia Est ?

- Ave Neo-Caesars, morituri te salutant ?

- Pollice Verso pour nos gladiateurs gaulois ?

- Tu quoque, fratri mi ?..


Christophe l'Exégète Ex-Zététe.

P. S. : Dans l'attente d'un possible avènement d'HADOPI III, protégeons nos Frères de la Côte, espèce menacée de forbans en voie de disparition, et paradoxalement si nécessaires pour ne pas laisser toutes nos arches sans protection sur l'océan envahi de navires marchands, à la merci d'être toutes converties par cette flibuste légale en aimables et rentables galères où rameront nos successeurs, sur une planète devenue rouge comme sa guerrière sœur.

Que ceux qui cessent de se débattre au soleil, serrés dans la nasse serpentine, cessent aussi sec et si possible assez vit d'essayer de dissuader ceux qui, semble-t-il, sont sans doute susceptibles de frayer sans oublier ceux l'ayant si fait, de se frayer sans effroi leurs sentes dans ces eaux si froides et de moins en moins salées, qui si elles sentent de moins en moins sûrement le salut, n'en sont pas moins salvatrices tant qu'il y a du courant pour leurs nageoires et de l'espoir pour leurs divins alevins.

Qu'importe si ces saumons d'élevage au défaut d'être sauvages se disent que c'est en haut ou en bas de la rivière qu'il faut chercher, et que leur grand Océan les attende en amont ou en aval, souhaitons seulement qu'ils puissent trouver quelque part les justes récompenses de leurs essais et leurs efforts à chercher ailleurs ce qui manquerait ici-bas, dans leur lit en voie d'assèchement.

RAmen







* Hommage à ce couple Majeur de mineurs fidèles-infidèles que sont Brigitte, l'Impératrice du Zoo des Kékés et autres Zazous des eaux spéciales et spatiales,
et son Bel Kacem, Pape des Maux et Inspirateur inspiré des petits et grands mots.
Que leur Yin soit leur Yang pour longtemps (et vice-versa)...




© Christophe ANTÉ 2009

vendredi

Message à Caractère Informatif










Alors que
j'allais entamer tranquillement ma deuxième sieste de la matinée, le remplaçant (ex-RMiste) de mon Facteur adoré vient de me déranger pour me remettre en urgence une missive à moi recommandée, assez lourde et épaisse, remplie de photocopies couleurs de nombreuses coupures de Presse et accompagné d'un si charmant courrier, magnifiquement calligraphié à l'encre bleue sur papier velum Grand Millésime, que je ne peux résister à vous le faire partager à l'instant, même si je romps ainsi la pause silencieuse promise hier :


"Cher(e)s militant(e)s UMP,

je fais appel à vous en tant que Secrétaire de Section de La Gavotte (13), pour vous informer de la tentative de manipulation des médias dont a été victime récemment notre Président.

Bien que nombre d'entre vous soient certainement en train de goûter un repos bien mérité en cette période de trêve estivale, je me permets de vous solliciter, devant la gravité de la basse machination bien orchestrée et diffamante, comme vous pourrez le lire plus bas.

Ces faits ayant été scandaleusement passés sous silence par une presse "orientée", pour ne pas dire gauchisante et malfaisante, je tenais à porter à votre connaissance l'épilogue - peu glorieux pour nos institutions judiciaires - qu'un prétendu "professeur de philosophie" (bien au chaud dans son poste de fonctionnaire) a cru pouvoir perpétrer pour salir l'image de celui que les Français ont élu démocratiquement, faut-il le rappeler encore une fois.

Je compte sur votre militantisme et votre sens civique, pour relayer cette information et rétablir enfin la vérité, et pour laver l'honneur de celui qui s'efforce par tous les moyens de relever notre pays d'une situation où l'ont plongé 21 ans de socialo-communisme et de paresse morale (cf. RTT, congés payés, CMU et Cie).

En ces temps de crise internationale, resserrons les rangs et donnons à notre tour une bonne leçon à ces soi-disant intellectuels donneurs de leçons et parasites, plus prompts à se mettre en avant en quête de gloriole (quand ils ne font pas grève pour un oui ou pour un non), qu'à retrousser leurs manches pour se mettre enfin au travail !

Le fin mot de cette histoire abjecte se trouve dans les pages ci-jointes en annexe :


Même Le Monde, journal pourtant sérieux habituellement, a trempé dans cette odieuse pantalonnade, c'est vous dire l'urgence qu'il y a à réagir sans tarder :

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/07/04/sarkozy-je-te-vois-le-protagoniste-de-l-affaire-raconte-son-happening-citoyen_1215256_3232.html


Comptant sur vous pour que nul ne puisse plus insulter le Chef de l'État Français impunément,
bien à vous, pour l'UMP et pour la France !"


Christophe, le Secret Taire (?)

P.S. (si j'ose dire ;-) : Si vous pouviez en profiter pour faire signer quelques adhésions au passage (cf. les 150 bulletins ci-joints), votre dévoué Secrétaire vous en saurai fort gré, sans compter notre reconnaissant Leader... ;-).




© Christophe ANTÉ 2009

jeudi

Ô Temps, suspends ton Vol


Chers Vous
qui passez sans me boire,

j'ai depuis quelques jours entamé une pause (digestive) prolongée, qui par ces temps de canicule canine à assommer un canasson sous les canisses à coup de calissons, s'impose de toute façon (l'anisette est en sus).

Sachez aussi que pour être honnête, je ne me remettrai pas à l'Atelier du Scribe de suite, à moins évidemment de lire sur mon précédent billet cubiste et lunatique, un éventuel commentaire de lecteur(trice), si possible motivant, vu le calme quasi aoûtien qui règne en ce moment sur les plaines centrales et au-delà.

Il n'y a pas de raison de laisser toute la flemme-Küche aux autres, j'en veux bien un bout moi aussi...


Christophe le Cassé Casanier.

P.S. : Pour être sympa, je vous mets quand même (coté droit) 2-3 bricoles pour patienter.
Si vous ne savez quoi faire (pour Dames), allez donc y baguenauder car ça vous rafraîchira, parole de buveur...



© Christophe ANTÉ 2009

Back to The Moon (le Pirate et le Papillon)

En ce jour anniversaire
du lancement de Saturne pour sa mission Apollo n°11,
40 ans après les premiers pas d'un petit homme blanc sur un petit caillou blanc, un nouvel éclairage historique vient fort à propos de nous révéler - ou confirmer - comment les destinées de l'Humanité peuvent ne tenir qu'à un fil, ou dans ce cas précis, à un petit clou dans la chaussure d'un géant (comme le disait déjà fort bien B.Franklin).

Mais revenons un certain jour de Février 1961, quand un certain Président des États-Unis d'Amérique, au sourire et au brushing irréprochable (déjà), déclara à la Presse :

«Je suis très déterminé à ne pas envoyer un homme sur orbite et à lui faire courir des risques disproportionnés… quitte à être les seconds dans l’espace.»

Cette position surprenante a posteriori, venant de la part du leader du plus puissant pays de la Terre d'alors, s'expliquait en fait par un choix politique avisé et d'une grande sagesse, bien que malheureusement idéaliste, comme la suite des archives va nous le confirmer :

"Jusque là, le président américain écoutait son conseiller scientifique, le Dr Wiesner, qui préconisait de laisser aux Soviétiques la conquête spatiale, dévoreuse de crédits et peu intéressante pour la science. Il avait d’ailleurs abandonné ce dossier «ennuyeux» à son vice-président Lyndon B. Johnson, qui lui était persuadé que celui qui contrôle l’espace contrôle le Monde [comme Alain Minc ? - ndr]."

A l'époque pourtant, l'Agence Nationale Américaine Spatiale (l'ANAS donc, ou NASA en VO) avait déjà baptisé son programme lunaire, en choisissant d'ailleurs très paradoxalement le nom latin du dieu solaire Apollon.
Sans doute une réminiscence des temps celtiques, si on la rapproche de la revanche d'Ouranos que je vous ai contée le 27 Juin ?..

Ce projet secret avait été présenté dès Janvier 1961 à J.F.K., qui l'avait rangé bien au fond du tiroir à archives de son bureau ovale (un peu comme le dossier BlaqueBéri du Crieur, toutes choses égales par ailleurs...).

- "Mais comment se fait-ce ?", me direz-vous (sans rire j'espère).

Et bien justement, c'est que nous commençons à toucher au nœud de l'histoire (et toujours sans rire s.v.p...).

A cette date, le mari de Jackie O. a encore une vision infiniment moins martiale de la conquête spatiale que son partenaire de golf, lequel n'était encore que Vice-President, et pas encore le 'président du Vice' que l'Histoire allait lui permettre de devenir, par la grâce de trois projectiles texans bien ajustés...

Pour Jack le Magnifique, en effet, "mieux vaut unir les forces américaines et soviétiques pour réaliser un programme commun de prévisions météorologiques, de satellites de télécommunications ou encore d'exploration de la Lune, de Mars ou de Vénus.".

Mais dans un monde bipolaire alors en pleine guerre froide, ce désir pacifique de coopération scientifique aurait-il pu se concrétiser sous son mandat ?
Comment sortir de cette gigantomachie qui tenait le monde en haleine depuis les années 50 ?..

Par la faute d'un autre fumeur de cigares cubains, brun et barbu celui-là, et à cause d'une histoire de cochons qui n'a rien à voir avec une quelconque fièvre grippale, nous ne le saurons hélas jamais...

Trois ans et demi plus tôt, les Maîtres de l'Empire de l'Ours slave* de notre Leader Maximo et Pirate des Caraïbes, avaient déjà gagné la première course de cette compétition extra-terrestre, en mettant en orbite leur "compagnon de route" (Spoutnik en russe), faisant entrer dès 1957 l'Homme (et la femme aussi) dans l'ère spatiale et spéciale où nous vivons depuis.

Le 12 Avril de cette année 1961, les cocos Rouges (pas comestibles ceux-là) frappent encore plus fort, plus haut, et plus loin.

Ils expédient Youri, ce fils d'un charpentier et d'une paysanne des plaines centrales de la Russie (encore un mediolanum ?), rejoindre les étoiles pour revenir avec des cartes postales exclusives, et en couleur en plus !

Immense et immédiat succès planétaire, souvenez-vous (moi pas, mais j'étais pas né).

Pas mal pour un ancien étudiant en machines agricoles, non ?! Il me rappellerait presque Ulysse, ce voyageur intrépide, la ruse en moins et le russe en plus...

Ça commençait à faire beaucoup pour les voisins de l'Empire de l'Aigle, et le 15 Avril suivant une invasion militaire US était lancée sur Cuba, destinée à reprendre l'île des mains des castristes, et récupérer ainsi des points sur l'échiquier géopolitique d'alors.

Cette tentative de petit roque fit chou blanc, et les Blancs perdirent ce tour en même temps que leur Tour, qui s'enlisa de manière humiliante dans cette fameuse Baie des Cochons...

Pour l'amant de la blonde platine c'est en trop, il lui faut absolument reprendre la main, d'autant que l'Ours échaudé s'apprête maintenant à transformer son satellite cubain en base de lancement thermonucléaire : "Ça craint du boudin..." aurait-il dit (mais je ne garantis pas).

Le 28 Avril, il demande à son cowboy et président en second si les USA peuvent repasser premier dans la course à l'Espace :
"Johnson a une vision lucide de la situation : les Etats-Unis ont plus de ressources que l’URSS, mais n’ont pas pris les bonnes décisions. Il est encore possible de renverser la vapeur et de faire débarquer un homme sur la Lune à partir de 1966.".

Aussitôt dit, aussitôt fait : le 5 Mai, le bel Alan SHEPARD va faire un tour d'impesanteur de 3 mn en proche banlieue terrestre, prouvant ainsi qu'à une lettre près, il méritait son patronyme de berger (sheperd aux US), en filant une laine dont on a fait l'étoffe des Héros made in USA depuis cette date...

Et moins de trois semaines plus tard, le 25 Mai 1961, John Fitzgerald Kennedy prononce son célèbre discours au Congrès américain, en promettant à son peuple subjugué :

«Notre pays doit se vouer tout entier à cette entreprise : faire atterrir un homme sur la Lune et le ramener sain et sauf sur la Terre avant la fin de la présente décennie.»

Six ans après la fin de son destin d'étoile filante, l'avenir lui donnera raison - juste à temps - quand un autre Amstrong américain, qui pourtant lui ne jouait pas de la trompette, fera triomphalement résonner celles de la renommée en foulant d'un pied conquérant un peu de poussière lunaire...

Cette glorieuse épopée aurait-elle gravée nos mémoires, si l'armada US avait réussi son débarquement en Terre rouge sans en faire ce fiasco et ce bain de sang, huit ans plus tôt ?..

Sans doute pas, mais certains y verront là - une fois de plus - la marque du papillon et de son effet bien connu des météorologues (et des vinophiles).

Le battement d'ailes d'un petit papillon des îles peut donc suffire à envoyer un homme dans la Lune ?...


Christopher l'Astro-nautiste.

P.S. : Benjamin le Philosophe avait écrit :
À cause du clou, le fer fut perdu.
À cause du fer, le cheval fut perdu.
À cause du cheval, le cavalier fut perdu.
À cause du cavalier, le message fut perdu.
À cause du message, la bataille fut perdue.
À cause de la bataille, la guerre fut perdue.
À cause de la guerre, la liberté fut perdue.
Tout cela pour un simple clou.

A propos de Liberté, je vous parie une autre caisse de Sans Soufre qu'un autre président charismatique du pays de Lady Liberty, va nous promettre sous peu une aventure spatiale du tonnerre (de Zeus) !..
La planète rouge va-t'elle nous divertir du rouge sang de la diplomatie sauce BBQ ?..



* Ce plantigrade protégé est pourtant un 'frère des Hommes' lui aussi : s'il s'lave, il s'nettoit; et s'il s'nettoit c'est donc ton frère !..



© Christophe ANTÉ 2009

dimanche

Welcome to Paradise !

Mon cher Henri,

j'espère qu'avec mon dernier billet, j'ai pu te dissuader de commander le BlaqueBéri que tu voulais t'offrir hier encore.

Pense aux redoutables vignerons-businessmen de Californie, d'Afrique du Sud et d'Australie : ils te feront pas de cadeaux non plus, s'ils réussissent à mettre la main sur les secrets de ton Sans Soufre Ajouté !..

Ce danger écarté, nous allons pouvoir reprendre la suite (et fin, promis) de cette quête du village de Pigi et de sa source introuvable...

Comme nous l'avons vu le 2 Juillet, grâce à Vangelis le cuistot de Myrtia, j'avais pu retrouver la piste de cette source cachée.
J'ai depuis compris pourquoi même un guide de montagne crétois aguerri comme Michael ne pouvait pas trouver où se nichait ce village, mentionné comme un des trois sites célébrant la Saint Pantéleimon chaque 27 Juillet.

C'est en fait assez courant mais déroutant pour un étranger de passage comme moi, les toponymes crétois ont la particularité d'une part, d'avoir une graphie ou une orthographe changeante en fonction des cartes, des ouvrages ou des sites Web consultés, et d'autre part d'avoir souvent été rebaptisés en fonction des occupants qui se sont succédés au cours de la longue histoire de cette île convoitée :
Minoens, Doriens, Grecs, Turcs, Vénitiens ou Nazis...

A ce propos d'ailleurs, savais-tu qu'Hitler, dans ses délires de Reich millénaire, avait décidé une fois pour toute que la Crète serait "le Jardin de l'Europe", au sens agricole du terme ?

Viens visiter la plaine centrale de Massara que domine le palais de Phaistos (et où se trouve Zaros d'ailleurs : tu sais, le village où le cuisinier Minas fait son huile ?) et tu comprendras pourquoi...

C'est donc la raison principale (en plus de ma confusion Kallisti-Kastelli) pour laquelle nous séchions tous sur cette géolocalisation impossible, et qu'un parfum de mystère s'était mis à flotter autour de cette partie de cache-cache...

En vérité, ce village de 24 habitants de Pigi ne s'appelait pas ainsi avant l'an 1951, mais Bizariano !
Bizarre mais pas vraiment, vu que c'était le nom de la principale famille du village, et je suppose aussi les fondateurs historiques du hameau.

Je ne doute pas non plus que cette famille crétoise soit aussi nombreuse que dans les autres coins du monde où le mode de vie agricole a gardé le sens de paysan et agreste, c'est-à-dire avant sa conversion au mode industriel qui s'est depuis mise à l'œuvre sur tous les continents, avec les résultats que l'on sait...

Mais revenons sur les traces du lapin blanc, ou plutôt du Chêne Blanc aperçu en photo chez Vangelis, et qui m'a enfin conduit, in extremis, au pied de la source et de la basilique recherchées, au dernier jour de ce périple à rebondissements.

C'est donc après avoir passé Kastelli, alors que j'apercevais enfin les toits du village de Pigi-Bizariano, qu'au détour d'un virage un discret panneau indicateur me fit de l'œil :

PARADISE TAVERN -> 800 m, était-il inscrit, sans plus...

Je freine, arrête ma Chevrolet pour faire marche arrière et revenir à l'embranchement vers cette petite route qui monte sur la droite. Bien m'en prend, car un autre panneau, encore plus petit, indique Church of Agios Pandeleimonas gravé dans le bois : Euréka !

J'emprunte donc ce chemin mais sans le rendre, puisqu'il se transforme assez vite en piste de terre pour aboutir dans une clairière occupée par une superbe église byzantine, toute en pierre de taille couleur cuivrée, assortie au toit de tuiles de ses trois nefs.

Je me gare à l'ombre des frondaisons d'une végétation plus que luxuriante, dont la fraicheur est bienvenue à cette heure de la journée, pour un voyageur recuit et asséché par le soleil de ce 1er jour de l'été crétois.

Le temps de faire le tour de l'édifice, je suis apostrophé par un "Hallo !" sonore et collectif, en provenance du creux en contrebas de l'église, qui abrite un curieux estaminet que je n'avais pas deviné, bien caché derrière son rideau végétal...

Je m'approche pour mieux distinguer la source sonore de cet étrange accueil alémanique, et je tombe immédiatement en arrêt sur ce colosse, ce Roi des Arbres et Arbre des Rois, de Zeus, des Druides, des Charpentiers de Marine, des Menuisiers, des Ébénistes, des Poëtes et bien entendu des Vignerons, à qui il fournit les foudres, les barriques, les tonneaux et les bouchons de liège (et les copeaux pour les tricheurs)...

Avec plus de 30 mètres de hauteur, les branches de ce Chêne semblent vouloir grimper jusqu'au ciel, et ne peuvent laisser personne indifférent, tant on est frappé de comprendre pourquoi cette essence-là de bois et pas une autre symbolise autant de choses à la fois :

Force, Puissance, Longévité, Virilité, Pérennité, Majesté, Endurance, Stabilité et Justice (n'en jetez plus !)...

Palmarès enviable tu en conviendras, surtout si comme moi tu n'es pas de bois !..

Au pied de ce colosse, un large escalier descend vers une terrasse ombragée, où les trois hôtes attablés de la Paradise Tavern me font de grands signes de main en guise de bienvenue.
D'humeur joueuse, je leur réponds en descendant les marches :

- Is that really here, the Paradise ?..

Des sourires leur servent de réponse, et la maîtresse de maison vient me serrer la main puis me guide jusqu'à une des trois petites tables de son auberge bucolique.

Une fois les présentations faites, Katerina me propose des rafraichissements, en commençant par énumérer les classiques bières et sodas de la maison, puis devant mon hésitation elle ajoute : Fresh orange juice ?.

Je retiens donc ma question rituelle sur la catholicité du pape, pour répondre :

- Yes, very good !

La perspective d'un jus bien frais réjouit à l'avance mon gosier desséché, et il n'est pas déçu quand Katerina revient avec un grand verre givré accompagné d'une assiette surprise, où elle a déposé une belle tranche de Pastèque fraiche et juteuse...

Je commence donc à comprendre le nom de baptême du lieu, surtout quand après m'avoir confirmé que les Oranges proviennent bien de son jardin, je vois Katerina dire adieu au couple de touristes allemands sur le départ, en étreignant dans ses bras chacun d'eux en une embrassade que je qualifierai de 'chrétienne', vu l'endroit particulier que ce trio familial a choisi pour installer sa demeure...

Après le départ - presque à regret - de ces vacanciers visiblement émus de partir ainsi salués, il ne reste alors plus qu'un dernier couple de touristes à partager avec moi ce coin de paradis agreste.

Une fois la méprise levée sur mon pays d'origine (le Hallo d'accueil s'adressait à un supposé germain), les trois taverniers sont tout heureux de m'apprendre que je peux donc converser avec mes voisins, car ils viennent eux de Belgique !

Le mâle d'outre-Quiévrain douche immédiatement ces efforts diplomatiques, d'un laconique et dominateur :

- No, because we are from the good side of Belgium !

Devant l'incompréhension manifeste de mes hôtes, je leur traduis d'un air entendu :

- He says he can't speak french...

Nous devisons donc entre gens du monde, laissant à leur bière et Coca ces fiers et roses Flamands de souche.

Devant mon intérêt affiché pour la surprenante nature exubérante des lieux, le père propose de me faire le tour du propriétaire, et je découvre à l'arrière un jardin potager et fruitier en terrasses, où il m'annonce une à une toutes les récoltes attendues de ses plantations impeccablement rangées par variétés, toutes plus prometteuses les unes que les autres...

Une grande fierté brillant dans ses yeux bleus, il ajoute alors :

- And everything here is organic, you know !

- Yes sure, what do you need to add anyway, with this soil, this sun and this water you have here

Il me gratifie alors d'un franc sourire de connivence sur son visage buriné, et nous retournons nous assoir sur la terrasse de terre battue, dans la fraicheur que procure l'ombre des Peupliers, des Figuiers, des Bouleaux, et des Cyprès couverts de Lierre grimpant...

C'est vraiment un endroit paisible ici, qui respire le calme et la sérénité, et pas seulement parce qu'il est à l'écart des circuits fréquentés, isolé dans cette verdure généreuse et inattendue*.

S'engage ensuite une conversation décontractée avec les trois membres de la famille, où j'apprends que le fiston Nikolas est un ancien militaire, artilleur en retraite de l'Armée grecque.

Père et Mère sont eux cultivateurs de métier, et aimeraient bien obtenir le droit de détenir les clés de l'église qui domine leur établissement, afin de faire découvrir son intérieur aux visiteurs, lequel recèle parmi les plus vieilles fresques chrétiennes de toute la Crète, avec les trois Hiérarques orthodoxes en majesté (Basile le Grand, Grégoire le Théologien et Jean Bouche d'Or), ainsi que la vie de ces Saints Docteurs illustrée, destinée à l'édification des fidèles, comme une sorte de livre pour illettrés.

Mais illettrés, ces trois paysans reconvertis ne le sont certes pas, comme je le découvre dans la suite de notre échange.

M'ayant informé que l'Europe avait subventionné la restauration de leur vieille église, je leur explique que je trouve ça absolument normal et justifié, étant donné que nous-autres Européens avons quelques reconnaissances de dette envers la Crète :

- invention de l'Écriture européenne, 1000 ans avant l'alphabet grec,

- invention des premières Lois écrites d'Europe, avec le "Code de Gortyna", couvrant un mur de 10 m de long, gravé des règles légales en vigueur (bien avant Sarko 1er, donc),

- invention de la Vinification (j'aurais dû le mettre en tête de liste, non ?),

- exportation de la culture de l'Olivier dans le bassin méditerranéen,

- invention de la Tauromachie, qui a donné autant de Razetteurs à cocardes et de Toreros à véroniques que de Gardians à tridents...

Je vois que cet avis est partagé, par une belle unanimité de hochements de tête approbateurs, car il semble que je n'ai rien oublié...

Le pater familia enchaîne alors en me racontant - non sans fierté et avec moult détails historiques - l'épopée d'Alexandre le Grand, dont les conquêtes 'pacificatrices' ont mené ses armées jusqu'aux Indes, agrandissant son empire en adoptant les coutumes et respectant les religions des royaumes annexés au passage.

Je me permets de donner à mon tour mon interprétation de cette glorieuse légende dorée :

- Je pense que l'histoire écrite par Alexandre rejoint directement le mythe de Dionysos, dont il est dit qu'étant jeune, il partit avec le bruyant cortège de ses fidèles convertir l'Orient jusqu'aux peuples de l'Inde, et même au-delà...

Un silence étonné se fait alors chez mes hôtes, qui se regardent et devisent entre eux en grec, car la mère ne maîtrise pas aussi bien l'anglais que ses mari et fils.

Après m'avoir fait comprendre qu'elle approuve totalement cette vision hellénistique de leur Histoire, elle me demande alors quel peut bien être mon métier ?

Un rien gêné, je réponds que je m'occupe de Computer Security pour une grosse firme européenne, mais qu'en plus je représente mes collègues de travail en tant que "syndicaliste maison"...

D'un large sourire édenté, elle opine du chef en signe d'approbation :

- Yes, yes, very good...

Le fils, lui, cherche à me décomplexer en ajoutant :

- Everyone needs some kind of job to make a living...

Puis le père à son tour, s'enquiert de savoir quel est mon nom.

Je réponds donc en grec : Xristophoros.

Un rien stupéfait, il me fixe un moment puis m'explique :

- Oh yes ? This is also my name, I am Xristophoros too !!!

- Really ? What a coincidence then !

- Yes sure ! And what did make you come here, by the way ?

- I am looking for the spring of Pigi, that I am searching since a few days...

- Oh, but pigi means "spring" in greek, you know ?

- Of course, and do you know where this spring is ?

- Do you want to drink the water of this spring ?

- If I can, I will eventually taste this water, yes...

- OK, then take your glass and go by the little path on the right of the terrace, the spring is at its end, 12 meters ahead, or 42 feet if you prefer...

- Really ?.. Thank you very much Christopher, and can I also fill this bottle to bring some of this water home ?

- Is the Pope a Catholic ?..


Xristophoros of Bizariano.

P.S. : Désolé pour toi Henri, il ne m'en reste plus...
Mais comme je connais le chemin pour y retourner, je t'y accompagnerai quand tu voudras !


* J'apprendrais plus tard que la commune de Pigi compte pas moins de 10 sources différentes sur son seul territoire. On comprend mieux le changement de nom en 51 (dommage pour le Ricard)...





© Christophe ANTÉ 2009

lundi

Le Retour d'Ulysse


Amis de l'Olympe,
de son terroir et de ses habitants, bonsoir.

C'est l'occasion qui fait le larron ce soir - une fois de plus - grâce à l'actualité, comme pour le billet du 30 Juin (daté de la veille d'ailleurs, à l'inverse d'un certain journal du soir, toute modestie mise à part).

L'illustration du billet du 29 Juin était effectivement légendée (comme les curieux ont pu le lire) "Le Retour d'Ulysse", sauf que je ne m'attendais pas à recroiser le Métis si tôt...

Quand je vous parle d'actualité, il faut savoir que je la suis activement, mais "de loin" le plus souvent, ce qui explique que la nouvelle dont je vous parle ce soir, date du 27 Janvier (2009 quand même).

Ce jour-là, les médias nous ont appris que le grand Mr O.Barack, le nouvel empereur de Nord-Amérique, ne pourrait plus désormais utiliser son téléphone fétiche personnel et bonne à tout faire à la fois, j'ai nommé le BlaqueBéri, alias "LaMûre" au Québec, car elle est produite par un constructeur canadien, coté anglo-saxon.

En effet, les Services Secrets US (au service des US donc, c'est pas vraiment un secret), sur recommandations de la National Security Agency (la fameuse NSA du beau Jack Bauer), ont obtenu que la petite Baie Noire du grand Noir soit remplacée en 24 H chrono par un nouveau joujou US et estampillé "NSA approved", au motif que :

"Nous ne voudrions pas que les discussions personnelles et les communications officielles de la personne la plus importante du monde soient interceptées par d'autres".

Est-ce pour cette même raison, que notre Roi à nous a été rappelé à l'ordre par son Secrétariat Général de la Défense Nationale en 2007 ?

A force de photos publiées dans des organes de presse aussi sérieux que Marie-Patch et Franche Démence, où son éminence du XVIe (pas de majuscule, c'est une marque déposée de calbut' et je n'ai pas - encore - d'avocat) apparaissait greffée d'un nouvel organe (en plus des deux autres, "plantigrades" dirons-nous), avec Sa Mûre collée à l'oreille de longue, comme on dit au pays de Frédéric M. (Mistral, pas Mitterrand : il est du Sud lui aussi, mais plutôt vers Tunis, où il a un très bon tailleur. Vous avez admiré sa nouvelle veste ?), oui donc, où en étais-je ?...

Ah oui ! Cette autorité militaire donc, institution garante de la Sûreté Nationale (notre french NSA donc), a cru bon de "réactualiser" pour certaines éminences sa circulaire officielle de 2005, laquelle bannit cet obscur objet ostentatoire de tous les services :

- des Armées,
- des Ministères,
- des Services du 1er Sinistre,
- et of course de l’Élisée et de sa cour (très beau gravier)...

Et à part ça, me dites-vous, il est OÙ le navigateur d'Ithaque dans cette histoire ? (même pas une page entière, et ça chougne déjà...)

Ne pouvant vous répondre par les trois lettres d'usage* (même et surtout si ce chiffre évoque la trinité et l'élévation qui va avec), je vais en venir au fait, mais pas d'impatience merci.

Je suivais cette affaire de près à l'époque, à la fois pour voir si le gamin allait obtempérer (suspense !..), et aussi parce que l'entreprise qui a l'honneur de se payer mes services de vigile (de jour) aime beaucoup cette petite mûre elle aussi, et la distribue généreusement à quiconque a gravi suffisamment d'échelons, comme dans tant d'autres World Companies.

En parlant d'Echelon, je suis certain que nombre d'entre vous qui allument leur poste de temps en temps, connaissent le nom de ce réseau mondial bâti du temps de la guerre froide, recyclé depuis officiellement dans la "lutte contre le terrorisme", et officieusement dans ce qu'on appelle pudiquement "l'intelligence économique", c.à.d. l'espionnage industriel et économique au seul profit des USA et de leurs alliés anglophones listés ci-après :

- le Canada,
- Le Royaume Uni,
- L'Australie,
- La Nouvelle Zélande.

Cette bonne manière entre buveurs de bière & whisky, n'est due qu'à une belle symbiose diplomatique, dans ce sens que ces pays hébergent sur leur sol national les stations "d'écoute et d'interception" de la NSA, lesquelles transmettent tout vers les US, en échange de quoi le Grand Sam daigne partager avec eux la récolte des infos commerciales, diplomatiques et militaires qu'il veut bien, quand il veut bien.

Cette symbiose (du grec syn bios "vivre ensemble", à ne pas confondre avec le commensalisme, plus partageur) porte le nom de Traité UKUSA, comme ça c'est clair pour tout le monde (enfin presque, comme nous verrons plus loin).

Grâce à ce seul barreau, l'Europe a pu constater la hauteur que cette courte échelle conférait à son principal concurrent commercial, avec pas moins de trois défaites d'affilée pour le poids lourd Airbus, et autant de contrats avec l'étranger sabotés en un rien de temps : c'est pas d'bol dis-donc, c'te malchance !..

Depuis, l'avionneur d'EADS bride bien fort sa flotte de BlaqueBéris, et encrypte à mort tout ce qui circule dessus, mails reçus ou envoyés, lesquels ne passent de toute façon plus sur les Enterprise Servers de langue anglaise, suite à ce regrettable mais pédagogique égarement...

Chez TOTAL en revanche, on a interdiction formelle d'utiliser cette boîte à coucous noire, depuis toujours : "paranos" les pétroliers dites-vous ?

Mais dans les réunions de banquiers US, c'est encore mieux : pour vraiment montrer sa bonne foi entre confrères, on commence la séance en posant l'objet sur la table et en retirant sa batterie !..

Et oui, ce petit fruit noir trompe bien son monde, car vous avez reconnu comme moi le Cheval de Troie, conçu et utilisé par Ulysse le Rusé !

Ainsi donc, voilà pourquoi les incontournables 'serveurs relais' par lesquels transitent obligatoirement TOUS les emails envoyés et reçus par chacun des 28,5 millions de BlaqueBéris en circulation dans le monde, sont basés exclusivement dans les pays cités, fondateur et membres d'Echelon et d'UKUSA : le hasard fait décidément bien les choses, quand il veut...

La géographie aussi d'ailleurs, vu que ce pentagonal Club des cinq territoires, solidaires malgré les distances, couvre bien la globalité du globe, sur le mode bien connu du "follow the Sun" des Yankees, ou "suivons le Soleil" en VF, ou comment faire les 3x8 pour assurer une veille 24h/24 (et non pas "suivons les conseils politico-financiers du 'Sun' de Sir R.Murdoch").

Pour tout vous dire, j'en ai eu la preuve par tchatche, en discutant tantôt avec un collègue (pas collègueu, là c'est sous-entendu 'de travail'), lequel s'occupe de Sûreté justement, sur tout le territoire français de notre boîte "transnationale" (on dit plus "globale", c'est ringue), mais 100 % européenne je précise bien.

Je lui raconte mes boires et déboires vieux de 2 ans avec notre Administration Centrale, gardienne jalouse des Standards et des Process, dans mes vaines tentatives à remplacer nos BB français par des jouets moins dangereux pour les adultes (a priori majeurs et vaccinés), qui pourtant imposent à tous leurs employés sans exception, les multiples sécurités que leur facturent (très cher), les Mikro$oS, Juliette-Placard et consœurs.

On m'a répondu par une belle lettre que je vous résume ainsi :

"Tout va très bien, Monsieur le Marquis, tout va très bien tout va trèèès bien... De toute façon, on travaille en ce moment avec Mikro$oS pour une solution totalement new generation qui va sortir bientôt, enfin peut-être...
Et puis entre nous, tout ça c'est plus politique qu'autre chose... (encore ces maudits Frenchies qui se font remarquer)".

Fatigué de me soulager dans un stradivarius pour des clous, j'avais alors archivé le dossier dans mon tiroir, non sans mal (il y a déjà du monde).

Mon Columbo maison m'explique alors que lui, il n'aura jamais de BlaqueBéri fourni par la boîte...

- Ah bon ? Et pourquoi je te prie ?..

- Tu te doutes que je connais du monde dans les domaines de la sûreté et de la sécurité, je suis plus tout jeune non plus, bref...

- Bref...

- Ouais, alors un jour, un pote que j'avais perdu de vue depuis bien 4-5 ans, reprend contact avec moi en m'appelant sur le portable de la boîte. Passée la surprise, je lui demande comment il a fait pour avoir mon n° pro ?.. Il me répond qu'il travaille toujours pour la NSA, mais qu'il a changé de domaine et s'occupe maintenant du secteur bancaire (c'est aussi celui de notre boîte - ndr), et qu'après une rapide recherche sur son Google personnalisé et tuné, il a pu récupérer un mail envoyé un beau jour sur la "BlackBox" de mon Directeur, où figurait mes coordonnées professionnelles complètes...

- ... (là il y a un léger 'blanc' et une mâchoire entrouverte pour moi)

- Voilà pourquoi je refuserai encore, et humblement s'il le faut, l'honneur qui m'a déjà été fait de m'équiper de l'outil favori des dirigeants de ce monde. C'est plus clair comme ça ?..

- Vu comme ça, c'est sûr...


Juste pour l'anecdote, et sans doute coïncidence de plus, il s'avère qu'un an après mon dialogue de sourds avec mes référents Sécurité (tous anglo-saxons d'ailleurs, comme le reste de la pyramide de Peter, jusqu'à la petite pointe en haut), notre nouveau PDG mondial nous annonçait, la mort dans l'âme, l'abandon du marché US avec le 'retrait' forcé et quasi total de nos troupes, et la fermeture de notre magnifique Centre de Données high-tech et surpuissant de Huston, au Texas : adieu le Follow the Sun dont nous étions si fiers...

Bilan provisoire de l'opération "Retraite du Désert" :

9 500 chômeurs de + et 3,548 Milliards d'Euros en -
&
Résultats annuels très corrects (et inespérés)
pour notre concurrent local AmEx :
Bravo, joli score et belle récupération du ballon !..

Coût du modèle 'spécial Obama' : 3 350 $ US l'unité, le chargeur allume-cigare en sus est à 100 $.


La suite de la partie ne s'annonce donc pas très équilibrée, tant la fusion-acquisition se rapproche, par la grâce de ce bijou de technologie canadienne que personnellement je surnommerai le Diamant Noir, si j'étais de l'autre coté de l'Atlantique, et si c'était pas déjà pris par notre symbiotique tubercule provençal !

Car pendant ce temps, n'oubliez pas que le soleil ne se couche jamais sur l'Hapax Americana de l'ombre...


Christophe Colombo.

P.S. : D'après une vieille légende saxonne toujours en vogue aux States, la Mûre (Rubus fruticosus de son petit nom botanique) ne doit pas être cueillie et encore moins mangée après le 29 Septembre, jour de la Saint Michel d'automne (St Michaelas en VO), car c'est le jour où Satan, chassé du Ciel par l'Archange, aurait chuté sur Terre pour atterrir dans un buisson de ronces (bien visé Michael !).
Une fois extirpé et copieusement griffé au passage, le Porteur de Lumière (lucifer en latin) aurait proféré quelque malédiction envers cette rosacée, tout en urinant sa bière sur elle...





* D.T.C. Si besoin, demander la signification à Eric et Ramzy.



© Christophe ANTÉ 2009

jeudi

Promenons-nous, dans les bois...


Cher Henri de Saint-Rémy,

je me rends compte qu'après tant d'épisodes passionnants (pour ne pas dire haletants), je n'ai toujours pas livré le secret de ma quête du village de Pigi et de sa source.

Tout est pourtant parti d'une visite inopinée, tout près de Platanos d'ailleurs mais au retour, à une église dédiée à Agios Panteleimon, saint chrétien que les provençaux appellent chez nous Sant Pantalí, et qui a donné son nom au joli village de St Pantaléon dans le Luberon, et à un autre plus au nord, à St Pantaléon-les-Vignes, sans compter celui en Corrèze de St Pantaléon-de-Larche (bien sûr !..).

Ce saint homme, pourtant mort en 303, jouit toujours d'une excellente réputation en Grèce, et la tradition byzantine l'honore chaque année le 27 Juillet, mais uniquement dans trois villages de Crète, dont celui de Pigi, lequel s'avérait introuvable sur mes cartes, dans mon guide anagramme de Milan, et surtout sur le Net (Michael et moi avions déjà vérifié le 21 Juin, dans 'Kri-kri et Kallisti')...

C'est alors que je prenais l'apéro du soir sur la place de Myrtia, au cœur du vignoble qui produit le Boutari et son désormais célèbre Blanc Kallisti, que j'ai fini par trouver où se cachait ce village de la Source.
A ce propos, je parie que tu n'as jamais essayé l'alliance "vin rouge et rondelles de concombre salées", et ben tu devrais tenter à l'occasion (sur le zinc de ta cave, pas dans la cuve, espèce de ouf !).

Seul client de l'établissement en cette heure pourtant vespérale, je transfère les photos de mon appareil sur mon PC de poche pour les visionner plus à l'aise, quand Vangelis - le patron des lieux - me demande si je souhaite rester dîner, car il cuisine lui-même des plats à base de produits frais et fermiers, 'organic' en plus.

Je lui demande d'en citer quelques exemples pour ma gouverne, et je l'arrête net quand il prononce "Omelette à la Feta"...

Cette évocation de l'Omelette au Brocciu maternelle a la puissance de la madeleine proustienne, inutile de résister plus longtemps, quitte à demander à Vangelis s'il peut rajouter un peu de menthe fraiche dans la préparation:

- OK pourquoi pas, il faut juste me laisser un peu de temps, la cuisine n'est pas prête et je dois la préparer d'abord. 30 mn, c'est bon ?

- S'il y a un supplément de patates sautées avec, c'est OK alors...

- Je dois pouvoir faire ça, mais alors c'est vraiment pas avant 30 mn, OK ?

- OK. Je vois que vous faites aussi Cybercafé avec votre superbe ordinateur ?..

- Oui, vous voulez l'utiliser ?

- Non merci, par contre est-ce que vous auriez aussi la Wi-Fi ici, si ?

- Pardon ?..

- La Wi-Fi, vous en avez ?..

- Vous voulez vous connecter à Internet en Wi-Fi ?!

- Si c'était possible, bien sûr...

- Attendez, je vais vous chercher la 'petite clé' qu'il faut taper avant d'entrer...

- Et c'est combien de l'heure, svp ?

- Ben rien, c'est pour patienter, vous pouvez rester connecté autant que vous voulez...

- Marché conclu !

Vangelis me rapporte une feuille A4 pliée en deux, qui a l'air d'avoir beaucoup servie. Y figurent allègrement tous ses identifiants et mots de passe persos de sa connexion Internet, de son routeur, plus tous ses paramètres Wi-Fi : tranquille Basile...

Après m'être assuré de la bonne tenue de ma connexion sans fil, je brieffe Vangelis sur les risques qu'il prend à "tout donner" de la sorte, à des inconnus étrangers ET de passage, autant dire des va-nu-pieds comme moi, qui tous n'ont pas la galanterie si française de faire semblant de ne pas loucher sur un décolleté, si profond et affolant soit-il.

Je te passe le repas qui a suivi, un bon moment épicurien, crois-moi c'est tout.

C'est en patientant avant mon omelette-frites, en baguenaudant dans la salle du café-snack-crêperie-restaurant-cybercafé que je découvre des murs couverts de belles photos encadrées ainsi que de peintures religieuses diverses.

Sur l'une des photos figure un arbre monumental, que j'identifie comme un Chêne pluri-centenaire, sans pourtant en voir un seul gland, tellement il est grand et haut !

Quand Vangelis revient de ses fourneaux chargé tel un serveur du CLAM, il me voit en arrêt sur l'image, et me demande si je fais aussi de la photo, par hasard.

Je répond oui, comme un touriste sans plus, de toute façon avec le téléphone qui me sert de chambre noire, je risque pas de concurrencer Doisneau...

Nous revenons sur l'objet de mon admiration, et Vangelis m'explique qu'il a pris la photo au pied d'une vieille basilique byzantine dédiée à Agios Panteleimon, le saint "mégalomartyr".

- A tout hasard, elle se trouve vers où cette basilique ?..

- Je crois que c'est du coté de Kastelli, à Pigi si je me souviens bien...

- Kastelli ? Ah bon ?.. D'accord...je pouvais toujours chercher vers Kallisti...

- Comment ?..

- Non rien, c'est une longue histoire... (tu confirmes ?)

Sur ce, le téléphone de Vangelis retentit en une marche nuptiale électronique, digne des Pac-Man de notre jeunesse si tu veux. Il répond, échange vivement avec son interlocuteur puis raccroche, l'air anxieux.

Il se met alors à m'expliquer que sa jeune épouse a un problème à cause de sa belle-sœur qui n'a pas rapporté les clés à sa mère pour qu'elle puisse prendre la voiture dont elle a besoin d'urgence pour aller faire je sais pas quoi...

Bref, il se répand en excuses les plus gênées, pour devoir m'abandonner ainsi sur la terrasse, forcé qu'il est de devoir porter secours à sa dulcinée sans plus tarder.

Il m'encaisse donc, me laisse la Wi-Fi allumée et m'apporte un espresso gratuit et tout frais (donc brûlant), avant de s'échapper en scooter à toute berzingue.

Mon repas solitaire terminé, alors que je dégustais un petit Noir que tu sais, deux jeunes touristes allemands se pointent en terrasse, et devant l'absence de personnel pour les accueillir, ces deux garçons me font l'effet de perdreaux d'élevage égarés dans la nature, si tu vois ce que je veux dire...

Je leur explique la situation en quelques mots, et d'abord incrédules, ils me demandent ensuite si je sais s'il existe un autre cyber-café dans Myrtia, tout en louchant sur mon écran rempli de quelques pages de recherches cartographiques.

Je me félicite alors d'avoir soigneusement replié en deux la feuille A4, sur laquelle ma main est d'ailleurs posée à cet instant précis.

Fraternellement, j'indique à mes cousins germains une pancarte placée plus loin au bout de la rue, qui fait la pub pour une sorte de "salle informatique de village", avec des genres de boxes équipés de vieux PC à écrans flous :

l'amitié franco-germanique est à ce prix, qu'est-ce que tu veux...et l'Allemagne compte trop de bons hackers, comme ceux du célèbre K.K.K., alias le KHAOS Komputer Klub.


Kristoff von der Estake.

P.S. : C'est seulement le lendemain que j'ai pu reprendre le chemin de Pigi, que je n'ai d'ailleurs jamais atteint ni même vu mais juste aperçu, tel l'Arlésienne du Crieur comme tu verras.








© Christophe ANTÉ 2009